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29/09/2010

L'art de ne pas répondre à la question posée

C'est un art toujours délicat que celui d'éluder un sujet, de ne pas répondre à une question posée. Christine Lagarde s'est pourtant lancé dans cet exercice hier lors des questions d'actualités de l'Assemblée Nationale. Il s'agissait en l'occurence de ne pas répondre à la question de la député Aurélie Filippetti, relatif à la somme dévolue à Bernard Tapie. Si je me permet de mettre en avant cet échange c'est d'une part parce que le sujet est d'importance - après tout il est peut-être question de 210 millions d'Euros(1) - et d'autre part parce que je reste fasciné (!) par la manière strictement sémantique dont la réponse est tournée. Je ne vais pourtant pas me lancer dans l'exégèse de la pensée Lagardienne (2). Je vais seulement délivrer ici l'échange verbal d'hier, amputé des didascalies et autres répliques annexes. Vous serez mieux à même de juger si la réponse correspondait à la question.

Mme Aurélie Filippetti : "Madame la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, dans le cadre de la procédure entre l’État et Bernard Tapie, vous aviez estimé, il y a deux ans, devant la commission des finances, l’enrichissement supplémentaire de M. Tapie entre 30 et 50 millions d’euros. Aujourd’hui, vous refusez de communiquer précisément le montant de son enrichissement final. Pourtant, Charles de Courson, député de votre majorité, et Jérôme Cahuzac, président de la commission des finances, ont, eux, calculé que Bernard Tapie disposera d’un « reste à vivre » de 220 millions d’euros. Pourquoi ce manque de transparence, madame la ministre ? L’écart entre votre estimation et ces calculs ne peut résulter d’une méconnaissance des éléments de ce dossier. Ne nous opposez pas le secret fiscal, car vous vous êtes autorisée, il y a deux ans, à donner une estimation. Dès lors, pourquoi refuser de le faire aujourd’hui ?
Ce refus de répondre aux parlementaires et, à travers eux, à l’opinion publique, n’est pas acceptable. Je rappelle qu’il s’agit de 220 millions d’euros, madame la ministre ! La vérité, c’est que vous n’assumez sans doute pas l’enrichissement exorbitant dont Bernard Tapie bénéficie du fait d’une décision politique, que vous avez prise, de recourir à une procédure d’exception !
Je ne vous demanderai pas, aujourd’hui, de justifier le recours à cet arbitrage plutôt qu’à la justice classique. Je ne vous demanderai pas, aujourd’hui, les raisons pour lesquelles vous n’avez pas fait appel du montant astronomique accordé à M. Tapie. Ce que je vous demande aujourd’hui, parce que c’est de l’argent public, c’est le montant de l’enrichissement net de Bernard Tapie, c’est-à-dire de son parachute doré.
"

Mme Christine Lagarde : "Madame la députée, vous parlez d’une affaire de l’État contre Bernard Tapie. Or il faut que les faits soient rectifiés : il ne s’agit pas de l’affaire Tapie, mais d’une affaire qui a opposé le Crédit Lyonnais, devenu le CDR, à Adidas et à ses propriétaires de l’époque, une époque où la gauche était aux affaires ! A cette époque, les banques étaient sous le contrôle de l’État et s’improvisaient investisseurs hasardeux des deniers publics. Quinze ans plus tard, des centaines d’heures d’audience plus tard, et après quelques médiations tentées par certains, j’ai trouvé une douzaine de procédures, j’ai trouvé des millions d’honoraires d’avocats et un risque avéré que l’État français soit condamné à quelques milliards supplémentaires qui seraient venus s’ajouter à la liste des milliards mis à la charge du contribuable français. Le tribunal arbitral, prévu par le code civil français, a rendu, en vertu de l’article 1476 du code de procédure civile, une décision de justice qui s’impose à tous. La sentence a été rendue. J’ai été entendue, à l’époque, par la commission des finances pendant plus de deux heures et demie. J’ai fourni toutes les informations dont je disposais, toutes les analyses auxquelles j’avais procédé. J’ai, bien entendu, répondu à toutes les questions qui m’ont été posées en parfaite bonne foi et en totale transparence ! Depuis, la justice est passée. Le tribunal administratif, saisi, m’a donné raison. Les décisions de justice, pour celles qui restaient, ont été rendues en faveur de Bernard Tapie. Le liquidateur procède à la liquidation sous le contrôle du tribunal de commerce de Paris.
Vous ne cherchez pas la vérité en posant une telle question. Vous cherchez l’affrontement, le règlement de compte ! Je vous le dis, madame Filippetti, il fallait régler les comptes il y a quinze ans !
"

(1) C'est de l'argent public, je le précise.
(2) Peut-être le devrais-je après tout...

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