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13/08/2011

La crise, vue par...

La crise, vue par un gestionnaire de portefeuille et publiée par Le Figaro, ça doit être quelque chose. J'ai lu, et je n'ai pas été déçu. Tour d'horizon.

Pour commencer, Dimitri Andraos raconte qu'il a apprit la dégradation de la notation de la dette souveraine américaine par la radio. "J'avais beau m'y attendre, j'étais très inquiet" ajoute t-il. Sauf qu'il était a priori seul à s'y attendre car l'annonce a bel et bien eu l'effet d'une tornade, preuve s'il en était qu'en réalité personne ne s'y attendait(1). On a beau scruter les articles économiques des jours précédents, il était bien plus question de la Grèce (encore elle !), de l'Espagne, du Portugal, voire de l'Italie ou de la France. Mais des USA, point. Le gérant de portefeuille précise ensuite "J'ai passé la journée à gamberger en écoutant la radio", alors que moi - simple téléspectateur - j'ai suivi la même crise toute cette semaine en regardant CNBC(2). Après cette journée de samedi donc, place au dimanche où il nous dit que "j'ai surfé sur tous les sites d'infos depuis mon iPhone". J'imagine que cet homme dispose d'un ordinateur (voir infra) j'ai donc du mal à comprendre l'intrusion de l'Iphone ici : allusion subliminale à la valorisation d'Apple(3) ?
Arrive ensuite le lundi et la reprise du travail. Ce qui m'a le plus marqué tout au long de cette interview - et qui m'a poussé plus que le reste - à écrire ce billet, c'est qu'à aucun moment de l'article Dimitri Andraos ne parle de son vrai travail : Quel est-il ? Quels ordres a t-il reçu de ses clients, de sa hiérarchie ? Etait-ce la panique au bout du fil ? Lui a t-on demandé des conseils ? Quels changements par rapport à une journée plus calme ? Rien de tout cela ici et si on prend le récit au pied de la lettre cet homme a passé la matinée du lundi à analyser les annonces de la BCE sans rien faire d'autre... Une autre petite phrase m'a interpellé comme on dit, je vous la livre : "Mais quand on a appris que la BCE n'achetait pas tant que ça de titres italiens et espagnols, (...) tout s'est écroulé". Permettez-moi de marquer à nouveau ma surprise avec l'usage du verbe apprendre qui implique que cette opération ne se voyait pas sur les nombreux écrans qui habituellement fleurissent les salles de marchés. C'est comme si cette information était arrivée par un canal extérieur (la radio ?). Je m'attendais plutôt à lire "Mais quand on a vu que la BCE...".
Mardi était la journée de rumeurs autour de la Société Générale. Difficile de comprendre d'après l'interview si à Swiss Life on a accordé du crédit à cette information ou pas. Notez la belle précaution oratoire utilisée à cette occasion : "la rumeur pouvait paraître crédible" et qui interdit d'en déduire s'il faut lire "la rumeur était crédible mais nous on ne la croyait pas" ou bien "la rumeur était si crédible qu'on y a cru". Cette affaire SocGen a été le point d'orgue de la semaine il est donc normal qu'elle tienne une place importante dans l'interview. Là aussi je suis stupéfait de lire "Quand je pense que certains ont lancé cette rumeur, pour vendre des actions à découvert et les racheter 20% moins cher deux jours plus tard, cela me met hors de moi.", non pas tant à cause du sentiment de révolte(4) mais parce qu'au moment même où l'action chute il n'est pas du tout question de mettre cela sur le dos de la vente à découvert. Ce n'est que vendredi je crois que ce mécanisme est révélé au grand public, et certainement parce que les allemands parlent alors de l'interdire... Sans compter qu'imaginer que les pratiques du trading sont habituellement bornées par une certaine morale ("Cette histoire me révolte") paraît assez artificiel...Cerise sur le gâteau si j'ose dire, Dimitri Andraos affiche ses états d'âme et fait preuve d'une empathie surprenante : "(...) ceux qui en pâtissent, ce sont les petits épargnants".
Passons au lendemain : "Mercredi, les marchés sont plombés par les rumeurs de dégradation de la note de la dette française." Etrange car dans mon souvenir la rumeur sur la dégradation de la note de la dette française a été lancée mardi, en même temps que la rumeur sur SocGen. Mais l'argument d'autorité doit prévaloir et considérons qu'entre lui et moi c'est sans doute lui qui a raison...
La fin de la semaine se passe mieux, les indicateurs revenant au vert. Du coup notre interviewé a "commencé à installer la fibre optique chez [lui] (...) pour pouvoir surfer sur le web plus rapidement pour lire les informations financières". Au-delà du coté "voyez jusqu'où va ma conscience professsionnelle" s'ajoute un brin(!) de vantardise car enfin cet homme n'installe pas physiquement la fibre optique chez lui. Plus prosaïquement cela se limite à un changement de "box" une fois le câble tiré, et c'est tout. Du coup l'iPhone redeviendra un simple téléphone amélioré j'imagine (voir supra)...

 

(1) La réunion du 2 août s'étant bien passé - accord trouvé in-extremis entre démocrates et républicain, la tendance générale était à dire que puisque accord il y avait, la notation était "sauvée", pour un temps du moins.

(2) Non pas par snobisme, non. Simplement parce que l'information y est donnée d'après moi de manière "brute" : les chiffres, rien que les chiffres.... Ce serait intéressant d'ailleurs de recueillir l'avis des professionnels du trading sur la qualité ou non de cette chaine.

(3) Apple a été cette semaine - et durant un temps très court - "l'entreprise la plus chère du monde" du seul fait de sa valorisation boursière.

(4) Swiss Life s'autorise t-il à utiliser de tel mécanismes ? Une réponse serait la bienvenue...

11:57 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0)

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