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02/05/2011

Réflexions ferroviaires autour de l'heure et du temps

Avant l'heure ce n'est pas l'heure, mais après ? La SNCF peine à retrouver la précision qui a été la sienne en un temps pas si lointain. Alors pourquoi pas des horaires "variables"
Comme l'article le précise le voyageur pourra réserver son billet mais devra attendre la dernière semaine pour connaître l'horaire exact du train, avec un écart pouvant alller de 15 à 60 minutes selon les trajets par rapport à ce qui serait intialement annoncé. Ce qui me fait réfléchir ici est bien entendu notre relation au temps, de plus en plus contractée. Pour rester dans le domaine du train, un simple retard de 3 minutes (180 secondes) à l'arrivée d'un train de banlieue un matin gare St-Lazare, et c'est tout de suite près de 800 personnes qui sont dans un embarras plus ou moins grand. C'est dire qu'à certains endroits le temps est plus que compté, il est scruté minute après minute(1). A l'heure (!) où certains écologistes prônent la décroissance, entendez apprendre à se contenter de moins par rapport à ce que nous pouvons prétendre aujourd'hui, il est intéressant de noter qu'ils n'évoquent pas cette relation au temps qui est devenu la nôtre. Et pourtant la décroissance autoriserait les trains à arriver un peu n'importe quand, puisque n'étant plus soumis à ces contraintes où chaque minute de retard en plus équivaut à des profits en moins.
Dans cette relation que nous avons au temps, je ne peux pas m'empêcher de penser à Regain, ce magnifique roman de Jean Giono. Voyez le début de l'ouvrage : "Quand le courrier de Banon passe à Vachères, c'est toujours dans les midi. On a beau partir plus tard de Manosque (...), quand on arrive à Vachères c'est toujours midi. Réglé comme une horloge. C'est embêtant, au fond, d'être là au même moment tous les jours."
Notez l'usage du "c'est toujours dans les midi". Après tout il peut être 11h50 ou 12h20, peu importe en fait. Réglé comme une horloge, mais comme une horloge qui s'autoriserait quelques libertés avec l'heure juste...
Pour en revenir aux horaires "variables" de la SNCF, si après tout on arrive toujours dans les midi, ce ne sera pas une si grande révolution que cela.

(1) Confession pour vous dire que j'ai été durant 7 ans cheminot. Amateur d'astronomie de surcroît, ma relation personnelle au temps est essentiellement basée sur la précision.

18:18 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : train, heure, scnf, regain, jean giono

09/03/2011

L'impossible calcul du prix de l'essence

On a raison de s'inquiéter(1) de la soudaine hausse du prix de l'essence à la pompe. Vous aurez noté que je ne parle pas ici du prix du pétrole à Londres (Brent) ou à New-York (Crude Oil). Non je parle bien de la relation - fatalement étroite - entre l'un et l'autre. La communication des groupes pétroliers(2) devient de plus en plus difficile pour expliquer comment la récente hausse des cours provoque une telle flambée à la pompe, environ 20% en à peine 3 semaines. Reprenons les paramètres principaux : En 1 nous avons le cours du brut à la bourse, en 2 nous avons la parité Euro-Dollar et en 3 nous avons le prix à la pompe. Le prix de l'essence ne varie qu'en fonction de ces 2 paramètres, les autres pouvant être qualifiés comme en mathématique d'Epsilon, de quantité négligeable. Pour le cours de bourse peu de gens encore savent que cela correspond à une livraison du "baril" dans 3 mois(3). Autrement dit le prix payé aujourd'hui par un groupe pétrolier pour un baril est du pétrole qui sera livré en juin. On conclut donc que l'essence acheté aujourd'hui est du pétrole dont le prix de bourse était en gros celui de début décembre. Premier paradoxe car la hausse toute récente des cours de bourse ne devrait en aucun cas justifier une hausse du prix de l'essence. C'est alors qu'on nous réplique qu'il n'est pas possible de comparer le prix de l'essence d'aujourd'hui avec un baril à 110$ avec le prix de l'essence au plus fort de 2008 où le baril était à 150$(4), en avançant l'argument d'une parité Euro-Dollar différente et qui, comme par hasard (!),  était plus avantageuse en 2008 qu'en 2011. Je suis prêt à entendre ça mais si c'était juste cela voudrait dire qu'il est possible de bâtir une équation du style Prix du baril * (parité Euro-Dollar) = prix à la pompe ou quelque chose dans le genre. Là où il faut protester(5) c'est qu'il est impossible d'établir une relation exacte entre prix du baril et prix de l'essence : ce n'est pas une fonction linéaire. En fait on nous explique que nous avons d'un coté un cours de bourse, de l'autre des monnaies fluctuantes, et au milieu le quidam qui fait son plein à la pompe. Le prix lui semble sorti tout droit d'une loterie où le consommateur est perdant à tous les coups...

(1) J'essaie désormais de limiter au minimum l'usage du verbe "s'indigner", devenu en quelques mois largement galvaudé.
(2) Ici aussi l'épithète "grand" est de trop. Vous connaissez des petits groupe pétroliers vous ? Moi pas.
(3) Je simplifie à peine, je sais qu'il existe aussi des livraisons à 6 mois,un an etc,mais cela ne change en rien mon argumentation au contraire.
(4) Je rappelle ici qu'en 2008 on payait l'essence moins cher qu'en ce moment.
(5) voir (1) supra.

18:56 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : essence, pétrole, baril

06/01/2011

PPDA et le rasoir d'Ockham

Il ne vous aura pas échappé dans le flot de nouvelles grandes et petites celle concernant le prochain ouvrage de Patrick Poivre d'Arvor. Prévu dans les librairies dès le 19 janvier prochain, «Hemingway, la vie jusqu'à l'excès» n'est au départ qu'une nouvelle biographie sur l'écrivain américain. Las, le magazine l'Express lance un pavé dans la mare en affirmant que de (trop ?) nombreux passages ne sont ni plus ni moins que du plagiat. L'auteur lui se défend, se déclare "sidéré" et contre-attaque : «Ce tirage diffusé en décembre à la presse a par erreur été réalisé à partir d'une de mes versions de travail antérieures. Celle-ci comportait effectivement de nombreuses notes de lecture, dont certaines que j'avais prises en vue d'une ébauche d'adaptation cinématographique de la vie d'Hemingway». Dont acte. Muni de mon rasoir d'Ockham je vais tracer ici les deux scenarii possibles :

a) L'éditeur envoie courant décembre à la presse une version qui n'est pas la version définitive. "Sitôt la faute découverte l'éditeur a réagi très loyalement en la reconnaissant et en présentant leurs excuses" dixit PPDA.

b) L'éditeur envoie courant décembre à la presse la version définitive. Une lecture attentive permet de découvrir qu'il y a beaucoup de passages inspirés - pour ne pas dire copiés - du livre de Peter Griffin. Dès lors ce qui ne devait être qu'une critique littéraire devient un article pour dénoncer le plagiat.

Entre a) et b) que choisir ? Attendons patiemment le 19 janvier et nous saurons*. En effet si c'est a) il suffira à Patrick Poivre d'Arvor et à l'éditeur d'exhiber la version définitive, de démontrer preuves à l'appui qu'elle est différente de la version de travail et que les journalistes ont été trompés malgré eux. Si jamais c'est b) autrement dit si véritablement il y a eu plagiat, alors le livre ne sortira pas. Peu importe les excuses que trouveront auteur et/ou éditeur pour expliquer le retard, preuve sera faite qu'il y avait bel et bien plagiat puisqu'il sera impossible à quiconque de comparer livre en main les assertions de l'Express avec la version disponible à la vente.
Mais alors que vient faire Ockham ici me direz-vous, pourquoi le convoquer ? Tout simplement parce qu'entre un éditeur qui prépare deux tirages - dont un de travail - et qui envoie la mauvaise version aux journalistes et un éditeur qui envoie sans se tromper la bonne version dans le bon "timing" pour que les critiques sortent au moment de la publication du livre, je préfère le second éditeur au premier. Tout simplement...

* Je vous donne rendez-vous au 20 janvier pour un second billet sur ce sujet.

Complément du 26 janvier 2011

Dans un billet publié ici, Patrick Poivre d'Arvor annonce que "le livre qui est disponible en librairie cette semaine n'est pas celui qu'a lu mon confrère, et je mets quiconque au défi d'y trouver des emprunts à la biographie incriminée." Dont acte.

18:48 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ppda, hemingway, occam, édition, griffin

15/11/2010

Les ministères du remaniement

J'ai pris l'habitude de commenter les remaniements non pas sous l'angle strictement politicien(1) mais sous l'angle strictement normatif des intitulés. Comme pour les ministres, ce nouveau gouvernement recèle bien des surprises.
Commençons par les titres de "Ministre d'Etat" qui je vous le rappelle sont exclusivement protocolaires. Je note que c'est Michèle Alliot-Marie qui s'en sort le mieux puisqu'elle reste Ministre d'Etat tout en changeant de ministère. La Justice n'est plus "d'état" alors que les affaires étrangères elles le deviennent.
Il y a tout de même des points positifs dans ce remaniement et je veux commencer par cela. Comme tout le monde sans doute vous aurez noté la disparition de l'intitulé "identité nationale" qui aura fait couler tant d'encre. Cette disparition ne sera regretté par personne je pense. Je remarque aussi des regroupements heureux, que j'appelais de mes voeux. Enfin l'emploi et le travail sont dans un même ministère. Ceci pour souligner à quel point il était aberrant d'avoir un ministre pour le travail et un autre pour l'emploi ! Le rattachement de la jeunesse et de la vie associative à l'éducation nationale me semble aussi un choix correct. Mais hélas ce sera tout du coté des bonnes surprises ; les points négatifs à mes yeux sont bien plus nombreux.
Commençons par le plus anodin, donc le plus symbolique. Bruno le Maire garde son ministère mais celui-ci a changé d'appellation. Oh ce n'est pas flagrant mais il est redevenu d'abord ministre de l'agriculture puis de l'alimentation alors que dans le précédent gouvernement il était d'abord ministre de l'alimentation puis de l'agriculture(2). Pour rester dans les compétences dévolues à ce ministère on notera la disparition - indirecte - de la mer. On continue de parler de pêche mais la mer, elle, a sombré avec ce qui reste du grand ministère de l'écologie (voir infra). Si tout le monde aura bien noté que ce ne semble plus une priorité du Président de la République (ce ministère n'est plus d'Etat, voir supra) c'est encore plus frappant en comparant l'ancien intitulé et le nouveau. Terminé les Négociations sur le climat avec un N majuscule, terminé les technologies vertes et la mer. Place à l’écologie et au développement durable(3),point. Certains domaines perdent un ministère entier, comme la santé par exemple qui est désormais en troisième position dans les préoccupations de Xavier Bertrand, après le travail et l'emploi.
L'autre nouveauté - si l'on peut dire - est la création de "ministre auprès du ministre", titre hautement technocratique et injustifiable auprès du grand public. On est soit ministre, soit secrétaire d'état auprès d'un ministre. A quoi rime d'être "ministre auprès du minitre" ou encore comme on l'a vu par le passé "Haut commissaire" ?
Et comme il faut garder le meilleur pour la fin, je ne peux passer sous silence le secrétariat d'état dont hérite Frédéric Lefebvre. Le journaliste espiègle pourra toujours lui demander de dire sans se tromper qu'il est "secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services, des professions libérales et de la consommation". Mais le journaliste plus tatillon encore pourra faire remarquer que par rapport à Hervé Novelli qui occupait ce poste avant lui, toutes ces sections perdent leur majuscule(4) et de lui demander pourquoi... Pour ma part je note que texte se rallonge encore, les professions libérales étant désormais de la partie alors que ce n'était pas le cas auparavant.

(1) Que de choses à dire pourtant !
(2) Dénomination officielle : ministre de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l’aménagement du territoire ;
(3) Ajoutez dans ce même ministère les transports et le logement, deux domaines qui ne sont pas au départ liés à l'écologie telle qu'on pourrait la définir.
(4) Serait-ce que c'était là une faute d'orthographe ?

07/11/2010

A quel prix vendre le livre numérique ?

J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, je crois à l'avenir du livre numérique. Patrick Béhar et Laurent Colombani, tous les deux consultants au sein du cabinet de conseil en stratégie Bain & Company ont rendu public une étude intitulée "Les écrits à l'heure du numérique", et ce dans le cadre du 3e Forum d'Avignon dont le thème était "Nouveaux accès, nouveaux usages à l'ère numérique : la culture pour chacun ?".
Même si cette étude est fort intéressante, les auteurs ne soulignent pas assez l'impasse que constitue le modèle économique du livre économique(1). Or ce modèle reste à mettre en place, ou du moins se met mal en place d'après moi. Là où je veux en venir c'est que le prix de l'"e-book" ne peut en aucun cas être dans la même gamme de prix que la version "papier". C'est pourtant le cas et certains sites ne font aucune différence entre les deux versions, vous vendant la version électronique au même prix que l'exemplaire papier disponible en librairie(2).
Pourtant si on considère qu'un auteur est en droit de réclamer 10% de royalties sur chaque exemplaire papier vendu, ce qui pour un livre vendu 20 Euros fait 2 Euros, il est logique de faire de même pour la version électronique. Mais là attention ! je ne dis pas que l'auteur doit toucher 10% du prix de vente de la version numérique de son roman, je dis que l'auteur doit toucher ses 2 Euros qui correspondent à ses royalties. Quoi ajouter alors pour l'édition numérique et la plate-forme de distribution ? Rien ou presque. Moralité un livre en version numérique ne devrait guère coûter plus de 3 ou 4 Euros.... J'insiste encore, c'est là son prix de revient incluant les droits d'auteur. Alors messieurs les éditeurs n'ayez plus peur de la numérisation des romans d'aujourd'hui. Et vendez les au juste prix...

(1) Ils indiquent même que les plates-formes de distribution en ligne ont progressivement ramené le livre numérique dans une gamme de prix plus proche du produit papier.
(2) Un internaute fait même remarquer qu'un "best-seller" est encore proposé à 20 Euros en version numérique alors qu'il vient de sortir en livre de poche au prix de 7 Euros...

 
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