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06/01/2011

PPDA et le rasoir d'Ockham

Il ne vous aura pas échappé dans le flot de nouvelles grandes et petites celle concernant le prochain ouvrage de Patrick Poivre d'Arvor. Prévu dans les librairies dès le 19 janvier prochain, «Hemingway, la vie jusqu'à l'excès» n'est au départ qu'une nouvelle biographie sur l'écrivain américain. Las, le magazine l'Express lance un pavé dans la mare en affirmant que de (trop ?) nombreux passages ne sont ni plus ni moins que du plagiat. L'auteur lui se défend, se déclare "sidéré" et contre-attaque : «Ce tirage diffusé en décembre à la presse a par erreur été réalisé à partir d'une de mes versions de travail antérieures. Celle-ci comportait effectivement de nombreuses notes de lecture, dont certaines que j'avais prises en vue d'une ébauche d'adaptation cinématographique de la vie d'Hemingway». Dont acte. Muni de mon rasoir d'Ockham je vais tracer ici les deux scenarii possibles :

a) L'éditeur envoie courant décembre à la presse une version qui n'est pas la version définitive. "Sitôt la faute découverte l'éditeur a réagi très loyalement en la reconnaissant et en présentant leurs excuses" dixit PPDA.

b) L'éditeur envoie courant décembre à la presse la version définitive. Une lecture attentive permet de découvrir qu'il y a beaucoup de passages inspirés - pour ne pas dire copiés - du livre de Peter Griffin. Dès lors ce qui ne devait être qu'une critique littéraire devient un article pour dénoncer le plagiat.

Entre a) et b) que choisir ? Attendons patiemment le 19 janvier et nous saurons*. En effet si c'est a) il suffira à Patrick Poivre d'Arvor et à l'éditeur d'exhiber la version définitive, de démontrer preuves à l'appui qu'elle est différente de la version de travail et que les journalistes ont été trompés malgré eux. Si jamais c'est b) autrement dit si véritablement il y a eu plagiat, alors le livre ne sortira pas. Peu importe les excuses que trouveront auteur et/ou éditeur pour expliquer le retard, preuve sera faite qu'il y avait bel et bien plagiat puisqu'il sera impossible à quiconque de comparer livre en main les assertions de l'Express avec la version disponible à la vente.
Mais alors que vient faire Ockham ici me direz-vous, pourquoi le convoquer ? Tout simplement parce qu'entre un éditeur qui prépare deux tirages - dont un de travail - et qui envoie la mauvaise version aux journalistes et un éditeur qui envoie sans se tromper la bonne version dans le bon "timing" pour que les critiques sortent au moment de la publication du livre, je préfère le second éditeur au premier. Tout simplement...

* Je vous donne rendez-vous au 20 janvier pour un second billet sur ce sujet.

Complément du 26 janvier 2011

Dans un billet publié ici, Patrick Poivre d'Arvor annonce que "le livre qui est disponible en librairie cette semaine n'est pas celui qu'a lu mon confrère, et je mets quiconque au défi d'y trouver des emprunts à la biographie incriminée." Dont acte.

18:48 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ppda, hemingway, occam, édition, griffin

15/11/2010

Les ministères du remaniement

J'ai pris l'habitude de commenter les remaniements non pas sous l'angle strictement politicien(1) mais sous l'angle strictement normatif des intitulés. Comme pour les ministres, ce nouveau gouvernement recèle bien des surprises.
Commençons par les titres de "Ministre d'Etat" qui je vous le rappelle sont exclusivement protocolaires. Je note que c'est Michèle Alliot-Marie qui s'en sort le mieux puisqu'elle reste Ministre d'Etat tout en changeant de ministère. La Justice n'est plus "d'état" alors que les affaires étrangères elles le deviennent.
Il y a tout de même des points positifs dans ce remaniement et je veux commencer par cela. Comme tout le monde sans doute vous aurez noté la disparition de l'intitulé "identité nationale" qui aura fait couler tant d'encre. Cette disparition ne sera regretté par personne je pense. Je remarque aussi des regroupements heureux, que j'appelais de mes voeux. Enfin l'emploi et le travail sont dans un même ministère. Ceci pour souligner à quel point il était aberrant d'avoir un ministre pour le travail et un autre pour l'emploi ! Le rattachement de la jeunesse et de la vie associative à l'éducation nationale me semble aussi un choix correct. Mais hélas ce sera tout du coté des bonnes surprises ; les points négatifs à mes yeux sont bien plus nombreux.
Commençons par le plus anodin, donc le plus symbolique. Bruno le Maire garde son ministère mais celui-ci a changé d'appellation. Oh ce n'est pas flagrant mais il est redevenu d'abord ministre de l'agriculture puis de l'alimentation alors que dans le précédent gouvernement il était d'abord ministre de l'alimentation puis de l'agriculture(2). Pour rester dans les compétences dévolues à ce ministère on notera la disparition - indirecte - de la mer. On continue de parler de pêche mais la mer, elle, a sombré avec ce qui reste du grand ministère de l'écologie (voir infra). Si tout le monde aura bien noté que ce ne semble plus une priorité du Président de la République (ce ministère n'est plus d'Etat, voir supra) c'est encore plus frappant en comparant l'ancien intitulé et le nouveau. Terminé les Négociations sur le climat avec un N majuscule, terminé les technologies vertes et la mer. Place à l’écologie et au développement durable(3),point. Certains domaines perdent un ministère entier, comme la santé par exemple qui est désormais en troisième position dans les préoccupations de Xavier Bertrand, après le travail et l'emploi.
L'autre nouveauté - si l'on peut dire - est la création de "ministre auprès du ministre", titre hautement technocratique et injustifiable auprès du grand public. On est soit ministre, soit secrétaire d'état auprès d'un ministre. A quoi rime d'être "ministre auprès du minitre" ou encore comme on l'a vu par le passé "Haut commissaire" ?
Et comme il faut garder le meilleur pour la fin, je ne peux passer sous silence le secrétariat d'état dont hérite Frédéric Lefebvre. Le journaliste espiègle pourra toujours lui demander de dire sans se tromper qu'il est "secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services, des professions libérales et de la consommation". Mais le journaliste plus tatillon encore pourra faire remarquer que par rapport à Hervé Novelli qui occupait ce poste avant lui, toutes ces sections perdent leur majuscule(4) et de lui demander pourquoi... Pour ma part je note que texte se rallonge encore, les professions libérales étant désormais de la partie alors que ce n'était pas le cas auparavant.

(1) Que de choses à dire pourtant !
(2) Dénomination officielle : ministre de l’agriculture, de l’alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l’aménagement du territoire ;
(3) Ajoutez dans ce même ministère les transports et le logement, deux domaines qui ne sont pas au départ liés à l'écologie telle qu'on pourrait la définir.
(4) Serait-ce que c'était là une faute d'orthographe ?

07/11/2010

A quel prix vendre le livre numérique ?

J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, je crois à l'avenir du livre numérique. Patrick Béhar et Laurent Colombani, tous les deux consultants au sein du cabinet de conseil en stratégie Bain & Company ont rendu public une étude intitulée "Les écrits à l'heure du numérique", et ce dans le cadre du 3e Forum d'Avignon dont le thème était "Nouveaux accès, nouveaux usages à l'ère numérique : la culture pour chacun ?".
Même si cette étude est fort intéressante, les auteurs ne soulignent pas assez l'impasse que constitue le modèle économique du livre économique(1). Or ce modèle reste à mettre en place, ou du moins se met mal en place d'après moi. Là où je veux en venir c'est que le prix de l'"e-book" ne peut en aucun cas être dans la même gamme de prix que la version "papier". C'est pourtant le cas et certains sites ne font aucune différence entre les deux versions, vous vendant la version électronique au même prix que l'exemplaire papier disponible en librairie(2).
Pourtant si on considère qu'un auteur est en droit de réclamer 10% de royalties sur chaque exemplaire papier vendu, ce qui pour un livre vendu 20 Euros fait 2 Euros, il est logique de faire de même pour la version électronique. Mais là attention ! je ne dis pas que l'auteur doit toucher 10% du prix de vente de la version numérique de son roman, je dis que l'auteur doit toucher ses 2 Euros qui correspondent à ses royalties. Quoi ajouter alors pour l'édition numérique et la plate-forme de distribution ? Rien ou presque. Moralité un livre en version numérique ne devrait guère coûter plus de 3 ou 4 Euros.... J'insiste encore, c'est là son prix de revient incluant les droits d'auteur. Alors messieurs les éditeurs n'ayez plus peur de la numérisation des romans d'aujourd'hui. Et vendez les au juste prix...

(1) Ils indiquent même que les plates-formes de distribution en ligne ont progressivement ramené le livre numérique dans une gamme de prix plus proche du produit papier.
(2) Un internaute fait même remarquer qu'un "best-seller" est encore proposé à 20 Euros en version numérique alors qu'il vient de sortir en livre de poche au prix de 7 Euros...

16/10/2010

Manifestations : Le tabou des chiffres

Pour reprendre une expression, "Là ça devient sérieux". Dans le bras de fer opposant les syndicats au gouvernement sur la réforme des retraites, la manifestation et l'importance comptable des cortèges qui en découlent deviennent soudain le prisme par lequel il faut regarder. Ce dernier semble d'ailleurs devenir de moins en moins déformant puisque nous avons eu droit ces derniers temps aux premières tentatives objectives de comptage des manifestants.
Et le moins que l'on puisse dire est que les chiffres sont loins d'être ceux annoncés par les organisateurs, et ne sont même pas ceux de la police. Les quelques tentatives, effectuées par Médiapart entre autre, dénombrent des cortèges bien moins fournis. A l'article de "La Croix" vient s'ajouter ce matin celui du "Figaro", qui bien entendu enfonce le clou avec une jubilation non dissimulée.
J'ai pour ma part toujours défendu un comptage objectif et le plus précis possible du nombre de manifestants, tout simplement parce que les organisateurs se servent de ce chiffre comme moyen de pression. Dès lors sa précision prend autant d'importance qu'il est mis en avant. Les organisateurs ont parlé de 3 500 000 manifestants pour la manifestation du 12 octobre dernier. Il est maintenant quasi certain qu'il n'y avait pas 3 500 000 personnes dans les rues ce jour-là, mais à peine 3 fois moins...
Combien seront-ils le 19 ? Et surtout, surtout quelle méthode de comptage comptent employer les organisateurs maintenant que la presse contrôle par elle même le nombre de personnes présentes aux manifestations ? Le silence coupable des syndicats sur cette question mérite débat. Faut-il contester la méthode de médiapart, faut-il mettre en place une autre méthode et crier partout : "Voyez nos chiffres et refaites les calculs si vous pensez qu'ils sont faux !". De mon coté je m'interroge : pourquoi - par exemple - le chiffre de 3 500 000 est-il annoncé sans jamais donner ligne après ligne les résultats de chaque ville ? Pourquoi personne ne réclame jamais ce détail ?
En refusant de jouer le jeu du comptage objectif et le plus précis possible(1), les organisateurs ont désormais un caillou dans leur chaussure. Charge à eux de le retirer rapidement.

(1) Utopie ? Je rêve qu'organisateurs et police coopérent et non pas s'affrontent sur ce terrain du comptage.

29/09/2010

L'art de ne pas répondre à la question posée

C'est un art toujours délicat que celui d'éluder un sujet, de ne pas répondre à une question posée. Christine Lagarde s'est pourtant lancé dans cet exercice hier lors des questions d'actualités de l'Assemblée Nationale. Il s'agissait en l'occurence de ne pas répondre à la question de la député Aurélie Filippetti, relatif à la somme dévolue à Bernard Tapie. Si je me permet de mettre en avant cet échange c'est d'une part parce que le sujet est d'importance - après tout il est peut-être question de 210 millions d'Euros(1) - et d'autre part parce que je reste fasciné (!) par la manière strictement sémantique dont la réponse est tournée. Je ne vais pourtant pas me lancer dans l'exégèse de la pensée Lagardienne (2). Je vais seulement délivrer ici l'échange verbal d'hier, amputé des didascalies et autres répliques annexes. Vous serez mieux à même de juger si la réponse correspondait à la question.

Mme Aurélie Filippetti : "Madame la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, dans le cadre de la procédure entre l’État et Bernard Tapie, vous aviez estimé, il y a deux ans, devant la commission des finances, l’enrichissement supplémentaire de M. Tapie entre 30 et 50 millions d’euros. Aujourd’hui, vous refusez de communiquer précisément le montant de son enrichissement final. Pourtant, Charles de Courson, député de votre majorité, et Jérôme Cahuzac, président de la commission des finances, ont, eux, calculé que Bernard Tapie disposera d’un « reste à vivre » de 220 millions d’euros. Pourquoi ce manque de transparence, madame la ministre ? L’écart entre votre estimation et ces calculs ne peut résulter d’une méconnaissance des éléments de ce dossier. Ne nous opposez pas le secret fiscal, car vous vous êtes autorisée, il y a deux ans, à donner une estimation. Dès lors, pourquoi refuser de le faire aujourd’hui ?
Ce refus de répondre aux parlementaires et, à travers eux, à l’opinion publique, n’est pas acceptable. Je rappelle qu’il s’agit de 220 millions d’euros, madame la ministre ! La vérité, c’est que vous n’assumez sans doute pas l’enrichissement exorbitant dont Bernard Tapie bénéficie du fait d’une décision politique, que vous avez prise, de recourir à une procédure d’exception !
Je ne vous demanderai pas, aujourd’hui, de justifier le recours à cet arbitrage plutôt qu’à la justice classique. Je ne vous demanderai pas, aujourd’hui, les raisons pour lesquelles vous n’avez pas fait appel du montant astronomique accordé à M. Tapie. Ce que je vous demande aujourd’hui, parce que c’est de l’argent public, c’est le montant de l’enrichissement net de Bernard Tapie, c’est-à-dire de son parachute doré.
"

Mme Christine Lagarde : "Madame la députée, vous parlez d’une affaire de l’État contre Bernard Tapie. Or il faut que les faits soient rectifiés : il ne s’agit pas de l’affaire Tapie, mais d’une affaire qui a opposé le Crédit Lyonnais, devenu le CDR, à Adidas et à ses propriétaires de l’époque, une époque où la gauche était aux affaires ! A cette époque, les banques étaient sous le contrôle de l’État et s’improvisaient investisseurs hasardeux des deniers publics. Quinze ans plus tard, des centaines d’heures d’audience plus tard, et après quelques médiations tentées par certains, j’ai trouvé une douzaine de procédures, j’ai trouvé des millions d’honoraires d’avocats et un risque avéré que l’État français soit condamné à quelques milliards supplémentaires qui seraient venus s’ajouter à la liste des milliards mis à la charge du contribuable français. Le tribunal arbitral, prévu par le code civil français, a rendu, en vertu de l’article 1476 du code de procédure civile, une décision de justice qui s’impose à tous. La sentence a été rendue. J’ai été entendue, à l’époque, par la commission des finances pendant plus de deux heures et demie. J’ai fourni toutes les informations dont je disposais, toutes les analyses auxquelles j’avais procédé. J’ai, bien entendu, répondu à toutes les questions qui m’ont été posées en parfaite bonne foi et en totale transparence ! Depuis, la justice est passée. Le tribunal administratif, saisi, m’a donné raison. Les décisions de justice, pour celles qui restaient, ont été rendues en faveur de Bernard Tapie. Le liquidateur procède à la liquidation sous le contrôle du tribunal de commerce de Paris.
Vous ne cherchez pas la vérité en posant une telle question. Vous cherchez l’affrontement, le règlement de compte ! Je vous le dis, madame Filippetti, il fallait régler les comptes il y a quinze ans !
"

(1) C'est de l'argent public, je le précise.
(2) Peut-être le devrais-je après tout...

 
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