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11/06/2011

Petits calculs nucléaires

Le Nouvel Observateur publie sur son site internet un extrait - sans le commenter ou le critiquer - du dernier ouvrage de Corinne Lepage, "La vérité sur le nucléaire". Le grand adepte que je suis du fact checking ne pouvait pas laisser passer l'occasion de vérifier les dires de la présidente de CAP21. Ainsi, "Dans son rapport de janvier 2005, la Cour des comptes estimait les sommes nécessaires au démantèlement à 38 milliards (valeur 2003)", et l'auteur de conclure "Ce chiffre est très modeste". Pour preuve, Corinne Lepage annonce ensuite que le démentèlement de réacteurs à l'étranger est bien plus onéreux, 1 millard 700 millions d'Euros au mieux en Suède, et même plus de 5 milliards d'Euros en Grande-Bretagne. Ce que la présidente de CAP21 veut nous dire ici, c'est que les sommes annoncées en France sont très largement sous-estimées, puisque "Si ces méthodes d’évaluation étaient retenues en France, le coût du démantèlement de nos 58 réacteurs devrait être évalué entre 100 et 200 milliards d’euros !". Bigre...
Mais là où démonstration s'arrête d'après moi c'est quand Corinne Lepage prend exemple sur la centrale de Brennilis : son démentèlement, "(...) reposait sur une évaluation de 300 millions de francs d’après une étude d’EDF réalisée en 1999, soit près de 50 millions d’euros actuels." L'auteur ajoute ensuite que "Le démantèlement total de Brennilis est, aujourd’hui, estimé à un demi-milliard d’euros."
S'il doit y avoir scandale il n'est pas là : La cour des comptes parlait de 38 milliards pour 58 réacteurs, soit 650 millions d'Euros par réacteur. Si démenteler Brennilis coûte 500 millions, 58 réacteurs mutipliés par un demi milliard font 29 milliards. On est loin des 100 à 200 milliards d'Euros dénoncés par l'ouvrage, même en tenant compte de l'inflation depuis 2003.

 

 

04/06/2011

La course à l'échalotte

(Billet publié pour la première fois le 25 avril 2011)
C'est vraiment le sentiment que j'ai à propos de deux événements qui n'ont rien à voir entre eux au premier abord. En premier lieu le séisme du Japon de Mars dernier et ses conséquences nucléaires. Le programme politique d'Europe-Ecologie Les Verts prévoyait dans un premier temps une sortie du nucléaire sur trente ans. La catastrophe survenue il a fallu revoir le programme et parler de 25, puis 20 ans. Les plus militants - qui actuellement font une grève de la faim tournante à Fessenheim - réclament eux une sortie en 10 ans.
Un autre exemple de course à l'échalotte nous est donné par l'UMP - qui préparant l'argumentaire lié au bilan de ces cinq dernières années(1) - nous parlent des crises. Il y en avait deux (une financière, l'autre économique(2)), puis 3, puis 3 ou 4 d'après Xavier Bertrand la semaine dernière. Georges Tron vient d'en ajouter une en disant textuellement lors de son passage au "Grand Jury" qu'on a connu depuis 2007 "4 ou 5 crises majeures". Allez, encore un petit effort en grimpant sur le mat de cocagne...

Complément du 8 mai 2011

Jean-François Copé énumère sur le site de l'UMP toutes les crises : "Depuis 2007, la France et le monde ont été secoués par une succession sans précédent de crises globales : économique et sociale, financière et monétaire, environnementale et énergétique, géopolitique". Selon l'interprétation que l'on se fait du "et" nous comptons de 4 à 7 crises.

Complément du 20 mai 2011

Interrogée le 16 mai dernier sur RMC-BFMTV par Jean-Jacques Bourdin, Cécile Duflot affine encore son discours sur la sortie du nucléaire et parle d'"un scénario qui permet de sortir du nucléaire sur 15 à 25 ans, suivant le progrès qu'on fera sur les énergies renouvelables".

Complément du 4 juin 2011

Fin de course pour la sortie du Nucléaire en ce qui concerne Cécile Duflot. Elle l'a annoncé lors du 1er conseil fédéral, le programme présidentiel de 2012 contiendra une loi de sortie du nucléaire "en 20 ans". Ce n'est pas une surprise, c'est la fourchette basse qui a été retenu.

(1) J'anticipe à peine en incluant l'année 2012 dans mon propos.
(2) Ce n'est pas la même crise avec deux noms différents, non non !

07/05/2011

Je n'y crois pas : le développement de la fraude à la carte bancaire sur Internet

Au risque de passer pour un provocateur en mal de reconnaissance(1), je ne crois pas au développement de la fraude à la carte bancaire sur Internet tel qu'on peut le lire ici. L'article est pourtant alarmiste : "les fraudes bancaires [atteignent] des niveaux préoccupants" déclare Jean-Marc Bornet, administrateur du Groupement CB (GIE) ; nous nous devons de le croire.
Mais la suite de l'article - pour aussi paradoxal que cela puisse paraître - casse cette assertion. On nous explique en effet que "dans certains cas, le pirate détourne les coordonnées du porteur de carte sur un site marchand". Quels sont ces cas, quels sites marchands, quels modes opératoires, on ne le sait pas. Tout juste apprend t-on que ce n'est pas à "grande échelle". De là à dire que ce sont des actes très isolés c'est un pas que je franchis.
Ce qui nous est expliqué c'est que la fraude est en réalité une fraude en amont d'internet, avant tout acte d'achat. Le pirate entre en possession physique d'une carte qui ne lui appartient pas. Autrement dit pas de scrutation des frappes clavier, pas de mot passe craqué, pas de virus non plus... Non plus prosaïquement un bon vieux vol à l'ancienne, voire l'utilisation de la carte du conjoint / beau-frère / oncle ou autre sans en avoir reçu l'autorisation expresse.
Pour ma part j'estime qu'Internet fait la preuve de sa sécurité, puisque lorsqu'on est bel et bien le possesseur de la carte bancaire, faire ses achats sur Internet ne présente aucun risque. C'est à l'extérieur du web qu'il faut être prudent. Il est dommage de constater que l'article en question ne le rappelle pas...

(1) Pour reprendre un mot que je déteste je ne cherche pas à faire de "buzz" quoi qu'on en dise.

03/05/2011

Et pour un fichier de plus...

L'annonce est officielle puisque parue dans le journal du même nom daté de ce jour. Il va être mis en place un "fichier des résidents des zones de sécurité" dont l'objectif est "la gestion des titres permettant l’accès des personnes ou des véhicules aux zones à l’intérieur desquelles sont apportées des restrictions à la libre circulation et à l’exercice de certaines activités, afin de prévenir les troubles à l’ordre public et de garantir la sécurité d’un événement majeur". Pour simplifier il suffit de dire que ce fichier doit permettre par exemple de recenser les personnes qui résideront à Deauville lors du prochain sommet du G8. L'objectif est également de pouvoir leur fournir un laissez-passer sous forme de badge. 
Pour avoir été confronté à titre personnel à un événement certes mineur mais nécessitant néanmoins des mesures du même ordre, je signale que cela s'est passé sous la forme d'un courrier officiel émanant de ma mairie, et faisant office de sauf-conduit. Cela me permettait au jour J et à l'heure H de circuler dans les zones sous contrôle de la police. L'idée de désormais ficher les personnes est tout bonnement technocratique, et bien dans l'air du temps de vouloir tout contrôler.
Pour en revenir au fichier et au J.O., un peu plus loin dans le journal on trouve les recommandations de la CNIL, qui n'ont rien de coercitifs mais dont il est intéressant de relever les remarques. Tout d'abord la Commission s'inquiète de ce que la notion "d'événement majeur" ne soit pas plus précise, porte ouverte à qualifier comme "majeur" un événement qui ne le serait pas vraiment. Le gouvernement n'a d'ailleurs pas suivi la CNIL sur ce terrain puisque le texte officiel ne donne pas de définition à "événement majeur".
La Commission note aussi que - contrairement aux autres fichiers qui ont pu exister dans le passé - tous les mineurs seront concernés sans distinction d'âge, et devront par conséquent être porteur du badge s'ils circulent dans la "zone de sécurité". Auparavant seuls les mineurs de plus de 13 ans étaient soumis à cette disposition. Pour le dire comme la CNIL, "l’attribution de badges individuels à l’ensemble des mineurs concernés sans aucune distinction d’âge apparaît, en première analyse, disproportionnée au regard des finalités poursuivies par la mise en oeuvre de fichiers de résidents."
Ce qu'il faut noter ici, c'est que ce texte de loi institue la composition de fichier de résidents lors de n'importe quelle sommet. Si l'idée est d'économiser des textes de lois pour ne plus avoir à en faire sur ce thème lors des "événements majeurs" futurs, force est de constater que le gouvernement a procédé par arrêté et s'est ainsi soustrait à tout examen parlementaire. Même s'il est à durée de vie limité, cela fait bel et bien un fichier de plus.

02/05/2011

Réflexions ferroviaires autour de l'heure et du temps

Avant l'heure ce n'est pas l'heure, mais après ? La SNCF peine à retrouver la précision qui a été la sienne en un temps pas si lointain. Alors pourquoi pas des horaires "variables"
Comme l'article le précise le voyageur pourra réserver son billet mais devra attendre la dernière semaine pour connaître l'horaire exact du train, avec un écart pouvant alller de 15 à 60 minutes selon les trajets par rapport à ce qui serait intialement annoncé. Ce qui me fait réfléchir ici est bien entendu notre relation au temps, de plus en plus contractée. Pour rester dans le domaine du train, un simple retard de 3 minutes (180 secondes) à l'arrivée d'un train de banlieue un matin gare St-Lazare, et c'est tout de suite près de 800 personnes qui sont dans un embarras plus ou moins grand. C'est dire qu'à certains endroits le temps est plus que compté, il est scruté minute après minute(1). A l'heure (!) où certains écologistes prônent la décroissance, entendez apprendre à se contenter de moins par rapport à ce que nous pouvons prétendre aujourd'hui, il est intéressant de noter qu'ils n'évoquent pas cette relation au temps qui est devenu la nôtre. Et pourtant la décroissance autoriserait les trains à arriver un peu n'importe quand, puisque n'étant plus soumis à ces contraintes où chaque minute de retard en plus équivaut à des profits en moins.
Dans cette relation que nous avons au temps, je ne peux pas m'empêcher de penser à Regain, ce magnifique roman de Jean Giono. Voyez le début de l'ouvrage : "Quand le courrier de Banon passe à Vachères, c'est toujours dans les midi. On a beau partir plus tard de Manosque (...), quand on arrive à Vachères c'est toujours midi. Réglé comme une horloge. C'est embêtant, au fond, d'être là au même moment tous les jours."
Notez l'usage du "c'est toujours dans les midi". Après tout il peut être 11h50 ou 12h20, peu importe en fait. Réglé comme une horloge, mais comme une horloge qui s'autoriserait quelques libertés avec l'heure juste...
Pour en revenir aux horaires "variables" de la SNCF, si après tout on arrive toujours dans les midi, ce ne sera pas une si grande révolution que cela.

(1) Confession pour vous dire que j'ai été durant 7 ans cheminot. Amateur d'astronomie de surcroît, ma relation personnelle au temps est essentiellement basée sur la précision.

18:18 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : train, heure, scnf, regain, jean giono

 
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