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08/03/2014

Snake, le virus qui fait se mordre la queue aux journalistes

On peut lire aujourd'hui dans le Figaro qu'"un virus informatique très puissant a infiltré des ordinateurs en Ukraine". Ce n'est pas en soi une nouvelle si extraordinaire que cela, toute personne ayant eu dans sa vie un ordinateur a été confronté au problème au moins une fois.
Mais la lecture de l'article laisse un goût d'inachevé. On parle de "22 cas depuis 2013, dont 14 constatés depuis le seul début de l'année". Mais parle t-on de 22 ordinateurs, de 22 serveurs ou de 22 organismes ? Impossible de le savoir en lisant l'article. Plus étrange encore "Les opérateurs de ce virus agissent en semaine et essentiellement dans un fuseau horaire correspondant à Moscou". Il faut lire plus bas pour comprendre cette dernière phrase, car c'est la première fois que je découvre qu'un pirate se préoccupe du fuseau horaire. L'article du Figaro ne fait que reprendre en fait un article du Financial Times*. Las, l'original est différent de la copie ou pour le dire plus brutalement, la traduction qui en a été faite a été très imprécise. Que dit FT ? Ceci : " (...) its programmers appear to have developed it in a GMT+4 timezone – which encompasses Moscow – according to clues left in the code", ce que je traduirais rapidement par "selon les indices laissés par le code, il semble que les programmeurs [du virus] qui l'ont développé soient sur le fuseau horaire GMT+4 qui englobe Moscou". Comme vous pouvez le voir, cela n'a rien à voir.
Si seulement c'était là la seule imprécision du Figaro, mais non ! Selon le quotidien français "Snake est comparable au virus informatique Stuxnet, qui avait attaqué en 2010 le programme nucléaire iranien et avait été attribué par Téhéran à une attaque israélo-américaine.". Là aussi se référer à l'article du Financial Times permet de trouver une nuance de taille : "experts say it is comparable in its complexity with Stuxnet" ce qui se traduirait par "les experts estiment que ce virus est comparable en complexité à Stuxnet". Comparable en complexité pas comparable "simplement", ce qui laisserait croire que les auteurs de l'un pourraient être aussi les auteur de l'autre. Enfin omission volontaire ou pas, le Figaro oublie de donner le nom du serpent "Snake" : Ouroboros qui dans la mythologie grecque avalait sa propre queue...

* Article réservé aux abonnés mais ouvrir un compte gratuit permet de lire 8 articles par mois.

24/01/2014

Vente forcée

Le Journal Officiel a publié ce jour* le nouveau règlement du jeu Euro Millions. La modification n'est pas mince puisqu'à compter du 1er Février prochain l'Euro Millions tel qu'on le connaît disparaîtra au profit de "Euro Millions-My Million", barbarisme improbable sorti tout droit d'une séance de brainstorming particulièrement efficace.

L'article 2 du règlement nous apprend en quoi consistera ce nouveau jeu : "L’offre de jeux « Euro Millions-My Million » est composée de deux jeux commercialisés obligatoirement ensemble" à savoir l'Euro Millions tel que nous le connaissons et son petit frère anglophile "My Million". Le règlement précise ce qu'il y a derrière "My Million" : "[Le] jeu (...)consiste en l’attribution automatique d’un code alphanumérique pour chaque Combinaison Simple enregistrée sur le système informatique central de La Française des jeux."
Les modalités d'attributions sont ici accessoires car l'essentiel est ailleurs : La participation à "My Million" est obligatoire dès lors que vous validerez une grille "Euro Millions".

Comme il est dit de manière fort élégante par la Française des Jeux, l'"EuroMillion - My Million" est un jeu de contrepartie. Mais pour le joueur cette contrepartie passe de 2€ à 2,50€ soit tout de même 25% d'augmentation ! L'entrée en jeu de "My Million" et sa présentation simili High-Tech ne doit tromper personnne, ce n'est rien d'autre que de la vente forcée d'un billet de loterie**.

J'ai joué à Euro Millions de manière régulière jusqu'à présent mais je suis farouchement opposé à ce futur système. Dès lors mon choix est fait : Je vais comme on dit déporter mes (modestes) mises vers d'autres jeux.

* Point 42 du Journal Officiel du 24 Janvier 2014
** 1 joueur tiré au sort gagnera 1 million d'Euros. Il n'y a pas d'autres lots en jeu sur "My Million"

21/12/2013

Pour un juste prix du livre numérique (II)

Le livre de poche a eu 60 ans et se porte bien. Mais au moment où le e-book prend enfin son envol il est temps de s'interroger sur le modèle économique qui se met en place. Je n'ai de cesse de dénoncer sur ce blog le prix exhorbitant du e-book, et je continuerai de le faire tant que ce sera nécessaire. Mais revenons un instant sur le livre de poche. S'il a été inventé c'était pour deux raisons : Primo offrir un format unique au livre - alors qu'il variait d'un éditeur à un autre - et secundo réduire au maximum le coût afin d'offrir le meilleur prix possible au lecteur. La contrepartie étant bien sûr un décalage entre la date de sortie du livre chez l'éditeur et sa publication en poche. Mais reconnaissez que l'écart de prix (près de 50%) entre les deux versions est justifiée.
Aujourd'hui aucun éditeur - je dis bien aucun - ne propose d'e-book à 50% du prix papier(*). Le plus gros écart que j'ai vu est de tout juste 20%. Pire encore, la plupart du temps le e-book est vendu au même prix que la version papier, preuve par l'absurde qu'un des deux est vendu beaucoup trop cher. Je défends ici l'e-book à 4 Euros selon le détail suivant : 1 Euro pour l'éditeur, 1 Euro pour la plateforme de vente et 2 Euros pour l'auteur au titre du droit d'auteur. Je pense que c'est là le prix idéal du e-book. Je vais même aller plus loin : Le droit actuel m'interdit de monter une telle plateforme quand bien même pour chaque exemplaire vendu du dernier Mussau ou du dernier Marc Levy je reversais 1€ à l'éditeur et 2 à l'auteur. Or je pense être fiable économiquement en ne prenant qu'1€ par achat effectué.
Ce que je veux démontrer c'est que tel qu'il est construit, le modèle économique actuel ne permet pas l'invention du 'e-book de poche', ce qui est bien regrettable.

(*) La meilleure performance revient au Journal Officiel, publication austère s'il en est. Alors que l'abonnement "papier" coûte 132€ l'an la consultation au jour le jour de la version numérique est totalement gratuite.

15:19 Publié dans Pour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, livre numérique, e-book

09/12/2013

Interrogation climatique

Le réchauffement climatique est en marche depuis (au moins) 30 ans. Ce n'est pas moi qui l'affirme mais le GIEC. Depuis 1983 nous avons connu des années chaudes, voire très chaudes. Vous le savez je suis un "interrogationniste" et dans cette perspective je me suis posé la question suivante : Si je prends le jeu de données de ma station météo(1) de ces 30 dernières années, verrais-je cette hausse ? La question me semble pertinente aussi me suis-je lancé dans l'exercice. J'ai décidé de le faire aujourd'hui, sur un coup de tête, en prenant les données de la station météo la plus proche de chez moi (merci à Infoclimat). Par chance - car ce n'est pas toujours le cas - aucune année n'est manquante depuis 1983. Comme il s'agit du passé ces chiffres sont réputés définitifs.
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Pour la journée du 9 décembre donc, j'ai un minimum absolu à -3° et un maximum absolu à 12,4°. Mais l'amplitude moyenne n'est que de 3.6°, ce qui est somme toute logique pour un début décembre. Voici pour les premiers éléments. Mais pour apprécier s'il y a ou non réchauffement il faut se tourner vers les moyennes glissantes et observer si les chiffres augmentent ou restent stables. L'essai avec une moyenne glissante à 5 ans n'est pas probante car trop sensible - c'est le cas de le dire - aux températures extrèmes. C'est ainsi qu'en 1991 la moyenne est à 1° et même 0,8° entre 2001 et 2005. A l'inverse le "maxi du mini" si je puis dire atteint 5,7° en 2000 et 2001. Mais une fois encore ces écarts sont trop importants pour en déduire quoi que ce soit. Tournons nous donc vers la moyenne glissante à 10 ans. L'écart en mini et maxi se réduit puisqu'on oscille entre 2,9° pour 1996 et 5,2° pour 2001. Une fois encore impossible de voir ici une hausse, la tendance de ces dernières années serait même à la baisse avec une moyenne des 10 dernières années de mesure à 3,6° contre 4° pour les 10 premières années de mesure. Plus on étend la plage de la moyenne et plus les écarts se réduisent, conséquence logique. Du coup sur le "15 ans" je vois un mini varier entre 3,5° et 4,3°. Il faut aller sur du "20 ans" pour voir une tendance plus lourde - encore que - puisque là le mini est à 3,4° et le maxi à 4,5°.
Ma conclusion est que ce jeu de mesures - pourtant établi sur les 30 dernières années réputées les plus chaudes de la planète - ne me permet pas d'affirmer que le réchauffement climatique existe, pourquoi ? Est-ce parce que j'ai choisi exprès un jeu de données qui me permet d'affirmer ce que je crois ? Je ne pense pas, je n'ai pas choisi ce jeu pour ses résultats mais pour l'étudier. Est-ce ma ville qui est épargnée par le réchauffement qui nous entoure ? Il n'y a aucune raison objective pour que ce soit le cas. Est-ce parce que ma méthode (l'étude des moyennes glissantes) est biaisée, voire fausse ? Mais alors comment dire s'il y a réchauffement ou pas sans étudier les variations dans le temps en omettant les "anomalies statistiques" ?
Décidément je n'arrive pas à me prouver que le réchauffement est là et je reste avec mes interrogations.

(1) Le lieu exact n'a en l'espèce aucune importance.

 

 

06/12/2013

Exégèse d'un communiqué

La mort de Nelson Mandela a un retentissement planétaire. Les communiqués sont innombrables mais il y en a un que j'attendais, que j'espérais dois-je ajouter : C'est celui du Front National. Pourquoi "espérer" ? Tout simplement parce que - hasard du calendrier - j'ai le mois dernier publié un article sur Agoravox intitulé "Les ratés de la dédiabolisation du Front National" et dans lequel Nelson Mandela était évoqué au travers de l'interview sur RTL de Marion Maréchal-le Pen "qui ne voit en Nelson Mandela qu'un "ancien militant trotskyste" au parcours "honorable" ; "très honorable" finit-elle par concéder lorsqu'on s'étonne de ce qualificatif".
Dès que j'ai appris le décès du Père de la Nation Sud-Africaine j'ai repensé à ce passage. J'ai longtemps imaginé que le FN ne ferait pas de communiqué, passerait sous silence ce moment d'actualité. Je dois admettre ici que je me suis trompé, le communiqué existe. Il est à mes yeux emblématique du mode de pensée frontiste et je me propose ici d'en faire l'exégèse.
"Avec la mort de Nelson Mandela, c’est une grand voix de l’Afrique qui s’éteint." Rien à dire sur le début du communiqué, si ce n'est la coquille sur "grand".
Mais dès la seconde phrase - qui fait tout un paragraphe - le propos est savamment nuancé. Selon Marine le Pen Nelson Mandela a "[sorti] son pays de la guerre civile en le préservant des déchirures". De quelles déchirures est-il ici question ? La présidente du Front National omet - volontairement je pense - d'écrire le mot "apartheid". Nelson Mandela a mis fin à l'apartheid en Afrique du Sud, point. A moins que l'expression "guerre civile" doive être interprétée comme un synonyme exact d'apartheid. Le plus curieux c'est la motivation que Marine le Pen décèle. Si donc la guerre civile a pu cesser, si Nelson Mandela a reussi cela c'est "par patriotisme et par amour de son peuple". On peut se demander ici de quel "peuple" il est question : Est-ce uniquement le "peuple noir" ou de tout le peuple sud-africain sans disctinction de couleur de peau ? 
"Nelson Mandela a su imposer la paix et la réconciliation" poursuit la présidente du Front National dans son communiqué. Mais non pas grâce à son charisme ou à ses choix politiques, non. C'est par son "autorité", un épithète qui est en bonne place dans le discours frontiste au quotidien. 
La conclusion du communiqué est tout aussi étrange. Si Marine le Pen écrit que Nelson Mandela "marquera incontestablement l’histoire", ce ne sera pas à cause de son combat, de sa vie si riche ou de son prix Nobel de la Paix(1). C'est sa "victoire sur la division, la haine et la revanche" qui le fait entrer parmi les grands hommes. Drôle d'hommage.

(1) Prix Nobel obtenu en 1993 en compagnie du président de l'époque de l'Afrique du Sud, Frédérik de Klerk. 

 
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