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02/10/2008

Entre les murs, le film

Comme promis sur ce blog, je reprend donc ma plume car je viens de voir le film "entre les murs", auréolé d'une palme d'or obtenue à l'unanimité. Il y a vraiment beaucoup de choses à dire sur ce film, mais je vais essayer de rester bref. Pour commencer c'est un très beau film, très humain, et très bien filmé. On est proche des personnages, assez pour être vraiment au milieu d'eux, "entre les murs" de l'école. Je n'ai hélas pas (encore) compris pourquoi ce film a obtenu la Palme d'Or au dernier festival de Cannes, mais sans doute me manque t-il la vision des autres films qui étaient en compétition. Je dois aussi ajouter que je suis un piètre cinéphile. Mais au-delà du film, la question posée est bien celle de l'éducation scolaire de nos enfants (car tous les élèves sont un peu tous nos enfants après tout). Je vais résumer en une phrase : "Qu'est-ce que l'école doit apprendre aux enfants ?". Car on voit bien qu'il est difficile - pour ne pas dire après avoir vu le film impossible - de dispenser un savoir encyclopédique à ces élèves. En tant que défenseur d'une certaine forme d'excellence scolaire(1), je ne peux que le regretter. Car en effet, comme l'indique le professeur au début du film, l'accumulation des petites minutes perdues par-ci par-là creuse en fait le fossé entre les "bonnes" et les "mauvaises" classes. Je me dit qu'il doit décidément être bien compliqué d'être un bon élève dans ce collège, car la majorité des élèves est en rebellion contre le système scolaire. Je prend les exemples montrés dans le film : la non-concentration durant le cours, l'interpellation entre élèves, la contestation de ce qui est écrit (la scène des prénoms), ou pire la contestation de l'autorité d'enseigner ("Monsieur je ne veux pas lire"). Ces écoles vont devenir des trappes à élèves pauvres, entendez pauvres au sens culturel du terme. Il ne faut hélas pas s'étonner - non pas du mauvais niveau de ces élèves - mais encore une fois du fossé que l'on creuse avec les classes où tous les élèves écoutent et travaillent(2). On se dirige bel et bien sans le savoir vers une école à deux vitesses. Ce n'est peut-être pas ce que Laurent Cantet et François Bégaudeau ont voulu montrer, mais c'est ce que moi j'ai interprété à la projection de ce film.

(1) On a fait il y a peu la journée du refus de l'échec scolaire. Que ne fait-on pas aussi la journée de la promotion de l'excellence scolaire !

(2) Voyez la montée de l'allemand première langue au collège. Tokyo Hotel n'y est pour rien, c'est seulement qu'en choisissant cette option les parents sont ainsi certains de mettre leur enfant dans une bonne classe de l'école publique.

 

Complément du 8 Octobre

Je reviens en vitesse sur une image du film, qui participe de ma perception que l'école va vraiment mal. Vers la fin du film, le professeur de français finit par lâcher en conseil de classe qu'un de ses élèves est "limité scolairement". Et encore, prend il une précaution oratoire (de mémoire "je ne suis pas loin de penser qu'il est limité scolairement"). Ce terme a été déclencheur plus tard de la scène la plus violente du film. Pour les élèves ce terme est grave, en tout cas très grave. Il avait d'ailleurs été souligné par une des deux déléguées de classes durant le conseil. Ici ce qui moi m'a frappé, c'est que justement le professeur n'avait pas le droit de le dire. En tout cas on lui refuse ce droit. Il peut juger les élèves par rapport au travail scolaire qu'il donne (valeur relative), mais il n'est pas autorisé par les élèves à porter un jugement de fond, à dire la "valeur réelle" de l'élève ("cet élève est limité scolairement"). Le débat serait ici de savoir s'il est autorisé par la société, par le système éducatif en général à le dire. Ce jugement est-il innoportun ou un mal nécessaire (dans le sens de dire la vérité quel qu'en soit le prix) ? Je juge moi que c'est l'auto-censure de ne plus le dire qui fait le plus de mal à notre système scolaire d'aujourd'hui.

24/06/2008

Entre les murs, le livre

Je viens de terminer de lire le livre de François Bégaudeau. Je ne suis ni enseignant, ni philosophe, ni rien ; je suis un lecteur du livre, c'est tout. Je me permet pourtant d'être critique sur deux points. Le premier est que ce livre est présenté comme étant un roman. Or je n'ai rien vu au travers du récit qui explique en quoi l'histoire est romancée. Bien au contraire, tout semble fait pour coller au plus près de la réalité vécue par le professeur et ses élèves. Pour moi ce livre est à ranger dans la catégorie "document/vécu", ce n'est pas un roman. Le second point est un certain malaise à mesure que j'avançais dans le livre. Cette impression de fatalisme se dégageant des interventions du professeur face à ses élèves ne me plaisaient pas. "Vous ne comprenez pas ?" demande t-il un moment donné. Sans attendre de réponse il enchaîne en disant (je cite de mémoire) "Ce n'est pas grave, de toute façon cette expression est peu utilisée". A aucun moment il ne cherche à tirer les élèves vers le haut, y compris lorsqu'il leur demande de lire "Des souris et des hommes". A mes yeux le pire est atteint lorsqu'il demande aux élèves de "parler au Monde". L'idée est pourtant généreuse : Vous avez 30 secondes pour parler au Monde, que dites vous ? Un premier élève se lance dans l'exercice et explique que le Maroc vient de battre le Mali 4-0 (c'est du football), et que c'est normal car le Maroc est bien plus fort que le Mali...C'est donc cela qu'il est important de dire au Monde lorsqu'on est un jeune de la banlieue parisienne ? François Bégaudeau ne cherche à recadrer le débat. Mieux encore il donne ensuite la parole à un supporter de l'équipe du Mali pour un droit de réponse. Oubliés les 30 secondes au Monde, place au "on refait le match en classe"... triste. A décharge de ma critique, ma lecture vient juste après celle du livre de Cécile Ladjali. Son travail avait consisté avec sa classe du "9-3" à écrire un recueil de poésie, des sonnets... Elle voulait (dé)montrer que la volonté, le dépassement de soi, l'exercice "gratuit" du poème pour le plaisir de la musique des mots pouvait séduire à la fois un public et un intellectuel reconnu (George Steiner). Bref, entre le livre de Cécile et celui de François, ce sont deux manières d'enseigner qui s'opposent.
Pour conclure sachez que j'ai plus envie encore de voir le film de Laurent Cantet, car je suis très curieux de comprendre pourquoi le film a obtenu la Palme d'Or du dernier festival de Cannes. Rendez-vous en octobre sur ce sujet, et bien avant pour d'autres !

 
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