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04/02/2017

Lettre ouverte à MM. les députés qui soutiennent F. Fillon

Mesdames, Messieurs les députés,

Je n'aurais sans doute pas pris ma plume si l'expression "coup d'état institutionnel" n'avait pas été prononcé. Citoyen lambda, faux-nez de personne, je ne cherche pas à accabler et encore moins à calomnier mais seulement à comprendre ce qui arrive.
La loi autorise l'emploi de membres de sa famille comme assistant(e)s parlementaire(s), dont acte. Je m'autorise juste à signaler ici que les législateurs que vous êtes seraient peut-être bien inspirés de déplacer la frontière entre la morale et le droit vers plus de morale.

Mais dans cette affaire vous semblez avoir oublié l'essentiel de ce qui constitue juridiquement parlant une infraction à la loi : oui ou non le salaire versé correspondait-il à un emploi tangible ?
Mes seules sources d'informations sont les médias, dans mon cas il ne peut pas en être autrement. Que vois-je alors ? Des histoires de "pas de badge", "pas de boite électronique"*.

Ne vous en déplaise la seule défense possible est de démontrer que tout ceci n'empêchait pas un travail authentique. Car enfin ce n'est pas à vous que je vais apprendre qu'être assistant parlementaire c'est occuper un emploi à plein temps**. Alors où sont les agendas, les comptes-rendus de réunions, les rapports, les synthèses, les feuilles d'émargement, les "logs" informatiques, les brouillons de texte, les rendez-vous et les notes de frais, bref tout ce qui fait le pain quotidien de ce travail ? Certes, ces pièces doivent d'abord être communiqués à la justice mais ne voyez-vous pas qu'il y a désormais urgence et que faute de montrer ces documents il faudrait au moins nous expliquer pourquoi ils existent puisqu'il y a mise en doute.

Car si comme vous le pensez il ne s'agit que d'allégations ou de volonté délibérée de nuire il est facile à mes yeux de le prouver par la production d'éléments concrets, sans parler de judiciariser l'affaire avec une plainte pour dénonciation calomnieuse ou propagation de fausse nouvelle. C'est justement parce que rien de tout cela n'arrive que la balance continue de pencher vers la faute plutôt que vers la probité.
Le monde politique est comme le monde, il change sans cesse. Vous devez tenir compte du fait que l'exigence d'honnêteté intellectuelle est chaque jour plus importante envers celles et ceux qui nous dirigent. A qui en vouloir si cette exigence est d'autant plus forte que l'échéance électorale est d'importance ?
A ce point de l'enquête je n'ai pour construire mon opinion que des faisceaux de preuves tendant à démontrer qu'il y a eu un mauvais usage de l'argent public, mais pour aussi étrange que cela puisse paraître je souhaite que François Fillon puisse expliquer en quoi il n'y a pas lieu de le poursuivre***. Je forme ce voeux précisément parce que vous êtes nombreux à défendre l'ancien premier ministre et que votre statut de député fait pratiquement office d'argument d'autorité. C'est aussi parce que je n'arrive pas à imaginer que votre soutien ne soit qu'un soutien de principe, autrement dit sans avoir connaissance d'éléments - que forcément je n'ai pas - et qui vous permettent de savoir que ce que je crois vrai est faux.
Ce serait encore plus terrible autrement.

AlterEgo


* L'application du rasoir d'Ockham ne plaide pas en faveur de François Fillon. Il est quand même plus simple d'expliquer la réalité d'un emploi en produisant un badge, une boite mail, un contrat en bonne et due forme, comportant de surcroît l'adresse de l'assemblée nationale comme lieu de travail.
** J'ai appris à cette occasion que certains députés emploient jusqu' à 3 assistants parlementaires ce qui soit veut dire que ce nombre est nécessaire au vu de la charge de travail à effectuer, soit que nombre d'entre eux ne feraient rien ou pas grand chose...
*** En dépit de ses déclarations , de celles de son avocat ou de ses soutiens j'estime que ce n'est toujours pas le cas

09:18 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, fillon, penelope

14/09/2015

La promesse intenable de Marine le Pen

Comme toutes les têtes de listes aux prochaines élections régionales Marine le Pen est entrée en campagne. Le compte-rendu que j'ai pu en lire par le journal "Le Monde" retrace sa journée - somme toute banale - de candidate en campagne. Mais j'ai quand même tiqué lorsque le journaliste transcrit ce qui semble être la première promesse électorale de la présidente du FN pour la région Nord Pas-de-Calais en cas de victoire de son camp : «Au FN, nous privilégions les Français. Si nous remportons la région, les emplois publics seront réservés aux ressortissants nationaux »
C'est à peine croyable à écrire mais c'est déjà le cas ! En effet, en France les emplois publics sont réservés aux nationaux et aux étrangers venant de la Communauté Européenne.  Mais il a derrière la promesse de Marine le Pen encore mieux. Comme le FN considère que la gauche socialiste a déjà embauché bien trop de fonctionnaires territoriaux, en région Nord Pas-de-Calais comme ailleurs en France, je ne vois pas très bien comment mettre cette idée en pratique. Dès lors ou bien le parti d'extrême droite devra se contredire pour tenir sa parole ou bien il fait à ses électeurs une promesse intenable.

20/03/2010

Adieu, mon lycée

Je l'ai appris par hasard, le lycée où j'ai étudié n'existe plus. Je n'y était pas spécialement attaché, et ma dernière visite remonte à presque 30 ans (!) mais cette annonce m'a tout de même touché.
Je me suis aussitôt fait cette réflexion que décidément, l'inégalité se creuse de plus en plus face à l'éducation. Non content de devoir être au bon endroit pour étudier dans les meilleures conditions possibles, il faut désormais compter avec le fait que le lycée est éphémère. Car enfin, celles et ceux qui étudient en ce moment à Paris au Lycée Montaigne ou Chaptal, à Toulouse au Lycée Pierre de Fermat ne risquent pas dans 30 ans de voir ce pan de leur histoire personnelle disparaître. La perennité d'un lycée est aussi proportionnelle à sa réputation, il faudra s'y faire. En plein débat autour des régions - et puisque la construction des lycées relève de leur compétence - je finis par me demander si ce n'est pas pour des raisons avant tout d'ordre politique que cette opération a eu lieu(1). Car dans mon souvenir mon lycée,  sans être exemplaire en ce domaine n'était pas vétuste, loin de là. Je dois donc en déduire qu'il s'est si fortement dégradé depuis mon départ qu'il en devenait dangereux pour les élèves et les enseignants. Mon avis est hélas bien différent et je me demande si le but de l'opération n'était pas de distribuer des marchés publics à tout prix...


(1) Préciser ici qu'un lycée tout neuf est sorti de terre à 500 mètres à peine de mon ancien Lycée. Au passage Romain Rolland a laissé la place à Lucie Aubrac.

27/05/2008

Délit de mensonge

Lors du débat parlementaire relatif au temps de parole du Président de la République, le député Noël Mamère a pris la parole justement, en ces termes : "(...) les chaînes télévisées - que les Français regardent entre trois heures et demie et quatre heures par jour - appartiennent à des groupes industriels dépendant des commandes de l'État : Bouygues, Lagardère, Bolloré, Vivendi.".
Si je ne peux pas me prononcer pour Bouygues, Lagardère ou Vivendi, je peux assurer les lecteurs de ce blog que c'est totalement faux pour le groupe Bolloré : Il ne dépend pas des commandes de l'Etat. D'une part parce que les secteurs d'activités de Bolloré ne sont pas régis par des marchés publics - ce qui au passage n'est pas le cas du BTP ou de la distribution de l'eau - et d'autre part parce que les marchés remportés par Bolloré représentent un volume si infime, qu'il en est grotesque de dire qu'il "en dépend". En tant qu'ancien journaliste Noël Mamère le sait très bien d'ailleurs. Il n'a ajouté le nom de Bolloré que pour allonger sa liste et amplifier son "effet". C'est raté.

17:50 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, mamère

15/05/2008

Vous répondrez bien à la question ?

Les séances de questions au gouvernement de l'Assemblée Nationale sont régulièrement l'occasion de passes d'armes, d'envolées lyriques, voire de chahut quasi organisé. Mais intéressons-nous plutôt au fond, c'est-à-dire aux questions telles que les députés les posent, et à la manière d'y répondre du gouvernement. Hier, Daniel Paul a interrogé Jean-Louis Borloo sur les tarifs du gaz. Je vous livre l'échange verbal tel que vous pouvez le lire dans le compte rendu officiel, duquel je n'ai retiré que les didascalies.

M. Daniel Paul  - " (...) En 2004, Nicolas Sarkozy s'était engagé à ne jamais privatiser GDF. Il n'a pas tenu parole. Son Gouvernement donne la priorité aux marchés financiers, au détriment des consommateurs et de l'intérêt du pays. Allez-vous mettre fin aux hausses du prix du gaz ? Allez-vous refuser la fin des tarifs réglementés ? Allez-vous revenir sur la privatisation de GDF ?"

M. Jean-Louis Borloo - "Oui, la France a besoin, dans la bataille cruciale qui a lieu alors que les ressources énergétiques sont si rares, d'avoir de puissants énergéticiens. C'est le sens de la fusion engagée... et nous le mènerons bien entendu à son terme. J'étais hier au forum international de l'énergie à Rome et il n'y a pas de doute que c'est le sujet du siècle, notamment les questions de la sécurité énergétique et de la croissance des coûts, due à la baisse des ressources fossiles. C'est pourquoi le Grenelle de l'environnement a prévu des investissements massifs, qui nous permettront d'améliorer notre performance énergétique et de réduire notre dépendance. C'est la bonne réponse. J'espère que vous serez au rendez-vous pour permettre à la France d'opérer sa mutation écologique, technologique et énergétique."

Que faut-il retenir de cela ? Que les questions sont simples et directes : "Allez-vous mettre fin aux hausses du prix du gaz ? Allez-vous refuser la fin des tarifs réglementés ? Allez-vous revenir sur la privatisation de GDF ?". Le ton employé, les mots choisis, le style, caractéristique d'une question de l'opposition, ne doit pas effrayer outre mesure. N'en déplaise à Jean-Louis Borloo, nous avons avec sa réponse une démonstration de langue de bois. En faisant de l'éxégèse - ce qui déjà démontre qu'il y a un sens caché à deviner derrière les mots prononcés - on a la réponse à une seule des trois questions posées : Non, le gouvernement ne reviendra pas sur la privatisation de GDF ("C'est le sens de la fusion engagée"). Pour le reste, il faut soit admettre de ne pas avoir de réponse, soit la reposer à la prochaine séance : "Allez-vous mettre fin aux hausses du prix du gaz ? Allez-vous refuser la fin des tarifs réglementés ?". On ne peut tout de même pas se contenter du "C'est la bonne réponse", prononcé comme une sentence... Je précise que je n'ai aucune sympathie pour les idées politiques de Daniel Paul, et que combattre les idéaux qu'il défend passe par des réponses franches à ses questions franches. Je regrette beaucoup que ce ne soit pas le cas à l'Assemblée Nationale.

 
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